Arrêt d’autobus, 12 septembre 2025
Participants présents : Véronique, Pierre, Annabelle, Evi, Nancy, Lorena, Servane, Del Aram, Jessica, Khadija, Antoinette
Résumé
A partir d’une question simple — quelle est la différence entre la coopé et l’arrêt d’autobus ? — et de notre histoire, nous élaborons collectivement une définition de ce que nous sommes en tant que groupe, notre raison d’être.
Transcription
Pierre : Alors, l’enregistrement commence de la séance de l’arrêt d’autobus de la coopérative d’écriture, le premier de la saison 2025-2026. On est le 12, vendredi 12 septembre. Bon, beaucoup trop d’informations, tout ça, on fera un mail pour tout le monde, exceptionnellement. Mais on indique de suite que un framadate sera proposé par Servane ou Del Aram concernant la possibilité de trouver un nouveau créneau de la coopérative. Les discussions possibles sont peut-être le lundi, mais ça peut être d’autres, les gens diront, et éventuellement retrouver le rythme un mois le matin, un mois le soir pour permettre aux différents emplois du temps de s’y retrouver. Voilà, aujourd’hui au programme, nous ne discutons pas du site Volare pour des raisons d’organisation, nous en parlerons lors de la séance d’octobre. En revanche, aujourd’hui, nous avons le temps en fait pour parler, rediscuter, en gros, du sens de ce qu’on fait là. Voilà, qu’est-ce qu’on fout là ? Et en particulier, ce « là » désigne la coopérative mais aussi, car ce n’est pas la même chose, l’arrêt d’autobus. Voilà, donc c’est sur proposition de Véronique. Donc écoute Véronique, on te laisse la parole. Vas-y, et puis les autres, vous y allez, hein. Alors, pendant que je suis pas là, les quelques minutes, vous faites fonction de présidence, c’est la fonction qui compte, pas le statut. Vas-y, Véronique, on t’écoute.
Véronique : Je voulais vous coller ce que j’avais écrit mais j’y arrive pas. Alors, j’avais essayé d’écrire pour que ce soit plus clair. En fait au début, moi j’avais compris que l’arrêt d’autobus c’était on monte et on descend quand on veut, qui veut etc. Et que c’était donc un groupe ouvert en permanence, un mouvement et je le prenais comme un bus qui peut emmener à la coopé. C’est amusant parce que quelque fois on parle d’arrêt d’autobus et quelquefois on parle de coopé. Et c’était aussi une occasion pour celles et ceux qui passent par là de découvrir ce que c’est que la coopé dont ils entendent parler. Ce que je disais tout à l’heure, en fait, aux étudiants, on parle de la coopé mais en fait ça reste quelque chose d’assez mystérieux. Et du coup, ça permettait aussi d’avoir connaissance de tout ce qui est proposé autour de l’arrêt d’autobus ou de la coopé et de découvrir pour certaines et certains une autre façon de travailler, de faire lien, de rencontrer des chercheuses et des chercheurs à différents stades du parcours universitaire extérieur. J’avais compris ce bus comme un espace ouvert sur de multiples propositions comme on descend de l’autobus pour aller ici ou là et il m’a semblé que depuis quelques mois l’arrêt d’autobus se transforme en proposition lui-même, c’est-à-dire comme si on se passait du trajet. Voilà. Et je me demandais comment maintenir ce caractère de surprise. Tiens, qui monte dans le bus aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est proposé au Quoi de neuf ? Que laisse-t-on comme écrit pendant ou après notre voyage en bus ? Qu’est-ce que l’arrêt de bus pour chacun et chacune d’entre nous ? Comment offrir ce qui nous tient à cœur comme Volare ou le bricolage par exemple et comment on communique sur cet arrêt d’autobus même, alors, je sais que tout dispositif est voué à évoluer, mais est-ce qu’on pourrait faire état de notre compréhension de ce moment mensuel ici ? Voilà un petit peu ce que je me demandais. Je sais pas si je suis claire mais…
Pierre : Alors qui veut faire écho à ce que Véronique, alors tu nous as lu, mais c’était important oui que tu rassembles ce que tu désirais nous dire. Merci beaucoup d’ailleurs pour la précision et puis le questionnement de ce que tu ouvres. Voilà. Alors Annabelle puis voilà après on y va.
Annabelle : Oui. Moi, j’avais peut-être une question plutôt de l’ordre de l’histoire, des autobus. Qu’est-ce qui a… enfin parce que moi je l’ai pas connu l’initiation, en fait, de ça. Qu’est-ce qui a fait que finalement la coopé a distingué, à un moment donné, un temps « arrêt d’autobus » ? Peut-être que ça peut revenir… en revenant aux origines, peut-être qu’on peut retrouver aussi ce qui était derrière l’intention quoi. Je sais pas si je suis claire.
Pierre : Si si, vous êtes clair, hein. Bon, on prend la parole avec Evi parce que Evi était là depuis presque toujours si j’ai bien compris, enfin non, pas si j’ai bien compris mais si je me souviens bien. Et puis ensuite je prendrai la parole parce que peut-être pour faire un écho à justement cette historique. Evi, on t’écoute.
Evi : Ok. Alors ce que je voulais dire c’est que je comprends ce qu’elle dit Véronique parce que bon ce côté est-ce qu’il s’agit de coopé, d’arrêt de bus, ou… c’est pour moi dans ma tête, parce que moi je ne suis pas française, ça fait partie d’une culture qui est assez différente de la mienne aussi. Moi, j’ai je suis un peu plus carré, donc j’ai du mal des fois à suivre toutes ces terminologies un peu assez imagées quand même du français. Mais en fin de compte, c’est ça que je trouve très captivant, très touchant, très chaleureux. Peu importe s’il s’agit de coopé, d’arrêt de bus, de ceci, de cela. Pour moi, moi je trouve tout ça comme un moment de rencontre où à la limite on peut aussi être un peu à côté de la plaque, donc proposer éventuellement quelque chose qui ne rentre pas complètement dans le panier mais qui n’est jamais exclu du panier. Donc ce que, éventuellement, en fait, bon ça peut être aussi le bricolage par exemple, je trouve tout ça, ça fait partie du même bouquet pour moi. Je trouve très touchant. Ça fait pas partie de ma culture et c’est d’autant plus pour ça que je le trouve plus attrayant, plus aimable, plus chaleureux. Voilà, je vous remercie donc d’être là pour les coopé, pour les arrêts de bus, pour les montées de train etc. C’est super chouette. Voilà.
Pierre : Merci Evi. Bon, je me donne la parole. En fait, grosso modo, tu nous forces, Véronique, à préciser des termes que moi j’ai toujours employé au départ, effectivement, j’allais dire comme ça parce qu’ils sont venus petit à petit, en fait. Pour moi c’est… Alors d’abord Evi, quand tu dis c’est la culture française et tout, non, je crois pas que c’est la culture française. Il y a un gros bordélique qui aime bien les images, qui aime bien voilà, c’est il y a un méditerranéen dans le coin, il a proposé ce qu’il avait sous la main le jour où le Covid est arrivé et où il s’est rendu compte que, entre autres, je pense à une personne, mais il y en avait plusieurs, il était au 15e étage de sa tour d’étudiant, l’ascenseur marchait pas et 23h par jour, il était enfermé dans 9 m². Voilà. Et je le voyais clairement, au silence même avec lequel il ne répondait pas à mes emails, plonger. Voilà. Donc m’est venue l’idée, l’image de François Tosquelles. Tosquelles il disait « C’est quoi l’institution ? L’institution c’est l’autobus. L’autobus il passe toujours au même endroit à la même heure. Si tu veux le prendre, tu vas le prendre. Si tu le veux pas, tu le veux pas. Mais l’autobus lui il s’en fout. Il est toujours là à la même heure au même poste. » Et donc, en fait, c’est ça : l’institution, c’est ce qui dit « voilà là il y a de la rencontre possible ». Après s’il y a personne, il y a personne. C’est le sujet qui fait le premier pas. Par contre c’est l’institution qui doit être là d’abord. Si elle est pas là d’abord paradoxalement elle peut pas laisser le premier pas au sujet. Après quelqu’un veut y monter, il y monte. Donc pour moi, l’idée, si tu veux ça a été de faire ça. Le plus urgent c’était l’arrêt d’autobus parce que je sais pas à quoi ça va servir mais il faut qu’il y ait des gens qui se disent les services publics sont toujours là malgré le Covid. Bon à l’époque c’était sur Skype. Bon sur mon site il y a tous ces arrêts à partir du moment où on s’est dit on enregistre parce qu’il faut que les copines qui y étaient pas puissent l’entendre. Voilà parce qu’elles étaient pas réveillées au moment où ça s’est fait, parce que évidemment les rythmes étaient totalement décalés, les insomnies venants, l’accro aux jeux vidéo pouvait pas être là le matin parce qu’il se réveillait à 2h etc. Bon, il fallait prendre en compte tout ça. Voilà, c’était ça qu’on prenait en compte. Et quand je dis l’accro aux jeu vidéo, ben oui, quand on est coincé chez soi, qu’est-ce qu’on fait ? Ben, on finit par regarder des séries jusqu’à 5h du matin. Bon, voilà, c’était pour… Et là, c’était véritablement ce truc là. Il se trouve que, en fait, l’année auparavant, j’avais lancé ce terme de coopérative d’écriture pour essayer de dire, voilà, il y a des gens qui sont en doctorat, je pensais surtout au doctorat à l’époque, mais bon, il y avait même temps, j’arrivais à Paris 8, il y avait Del Aram, il y avait… mince… notre ami Sana. Bon, on s’est dit on devrait faire une coopérative. Voilà, moi je pensais, j’avais toujours l’idée de d’une coopérative pour être ensemble et pour bosser, voilà, pour essayer de briser le côté machin, établissement, qui fait que il y a toujours des liens de séminaires de justement briser le côté méthodologie, il faut que je fasse une présentation dans les formes etc. Bref, en gros, un jugement de la raison, quoi. Non, ce dont on avait besoin, c’était de mettre à l’écriture et de mettre dans une véritable dialectique les statuts qu’il y avait entre nous. Parce que il y avait des projets de coopération, j’insiste pas trop là-dessus, mais dans lequel j’étais engagé et je voyais bien que le mot de coopération, c’était entendu comme on l’entend, coopération entre fac, coopération internationale, c’est-à-dire pas de la coopération du tout, mais de la collaboration, la recherche d’être le plus puissant possible en faisant des accords. Alors que la coopérative, pour moi, non, c’est la coopérative agricole, c’est la coopérative ouvrière, c’est la coopérative pédagogique. Voilà, c’est ça coopérative éducative. Donc c’est ça. Voilà, les deux idées se sont coagulées à ce moment-là. La forme concrète de la rencontre de cet esprit coopératif, c’était l’arrêt d’autobus. Et puis l’arrêt d’autobus, le problème c’est qu’une fois par mois, il a commencé à y en avoir, il était bondé l’arrêt d’autobus. Donc j’ai dit bon, il faut quand même qu’on pense à produire quelque chose, si on le veut quand même parce que sinon les gens vont plus trop avoir envie de venir. Mais produire ça voulait pas dire produire des choses qui allaient être montrées, montrer sa pâte blanche à l’université ou à qui que ce soit d’autre, hein. Il faut des objectifs, il faut des… non pas du tout, c’était pas ça du tout. Mais c’est dire bon à quoi ça sert pour le coup ? Qu’est-ce qu’on fout là et à quoi ça sert ? Et quand je dis il fallait que ça produise quelque chose, je pense que l’arrêt d’autobus devait, avant tout servir à questionner le sens de ce qu’on foutait là et à soutenir la subjectivité de chacune et de chacun. Voilà, la production, c’est une production subjectale, je dirais une production subjective, relancer le désir, relancer le désir et essayer de voir comment le désir, dans le champ du travail, quelle que soit la forme du travail, pouvait se mettre en place et pouvait se maintenir. Je dirais que c’était la fonction fondamentale et c’est à ça Véronique que tu nous renvoies. Alors, je renvoie pour ça, je le mettrai tout à l’heure à nouveau dans le chat, mais je renvoie pour ça au texte que j’avais écrit, grâce aussi aux discussion qu’on avait eues pour le présenter à Roskilde il y a deux-trois ans et je j’y avais été avec Del Aram, hein, voilà. Mais dedans, il y a la parole des copines qui étaient là-dedans et qui me semble importante. Voilà, j’avais essayé de dire ça. Mais, donc je reviens là-dessus, ça sert à quoi, aussi ? Bon, le mot était contradictoire déjà. Coopérative d’écriture, on n’écrit pas, hein. Souvent, on en a discuté. Bon, en fait, c’était ça le but. Le but, c’est pas tellement d’écrire quelque chose, c’est de rendre possible l’accès à l’écriture pour les gens qui sont concernés par l’écriture. En fait, c’était ça. Bon, mais il se trouve aussi que on s’est vite rendu compte qu’il y avait quand même des choses, il y avait des permanences qui revenaient. Et c’est là que j’ai proposé, là aussi, avec mon sens inné de la formule, c’est-à-dire bon ben je prends ce que j’ai sous la main et l’image qui me vient, c’est des séminaire satellite, c’est-à-dire ça tourne autour de l’arrêt d’autobus, mais c’est pas pour autant une logique de l’arbre, une logique hiérarchique. Voilà, on veut faire quelque chose, et on veut faire quelque chose aussi libre qu’on fait l’arrêt d’autobus mais en étant plus structuré autour d’un thème et bien on le fait. Voilà, c’est pour ça que j’ai parlé des séminaires satellites. Grosso modo, il y a que trois termes, hein, il y a ces trois-là, hein, l’arrêt d’autobus, la coopérative et les séminaires satellites. Bon, alors après, effectivement, l’idée c’était que les séminaires satellites avaient pour fonction aussi de désengorger l’arrêt d’autobus et pour lui rendre justement cette liberté de pouvoir décider rapidement, mais de quoi on veut parler. Alors, soit la débotté, c’est-à-dire le matin même, ou l’après-midi même, c’est-à-dire être ouvert à bon de quoi on a besoin là, voilà. Les gens qui montent, ils montent ici parce qu’ils ont besoin de quelque chose. Alors des fois, ils ont besoin justement de rien, d’être là et c’est tout. On leur fout la paix, ok d’accord. Mais d’autres parfois disent, c’est pour ça que je posais la question à Annabelle ou à Véronique, vous allez soutenir, est-ce que vous avez besoin d’en parler là ? Voilà, mais c’est aussi, et c’est là que bon le fait de dire « Ben moi la fois prochaine, j’aimerais bien parler de telle chose ou telle autre. » Et c’était pas du tout quelque chose de dire « Bon alors nous allons faire un programme, tel jour, nous recevons telle personne ou telle autre. » C’est pas ça. Mais bon, il y a un moment « ben moi je voudrais m’inscrire parce que c’est comme je veux m’inscrire au quoi de neuf, j’ai un truc important à dire. » Voilà. Et si le quoi de neuf, on n’a pas le temps cette fois, ben la fois prochaine, je serai prioritaire, parce que c’est important ce que j’ai à dire. C’est aussi ça l’accueil. Voilà. Moi, c’était ça que j’avais envie de dire en écho à ce que tu écris Véronique. Alors, non pas pour contrer ce que tu dis, mais pour te répondre pourquoi, pour moi c’était… voilà quel était le sens de dire « oui, non, c’est important que, ben voilà, unetelle dise la fois prochaine, j’aimerais bien pouvoir vous parler parce que ça me permet de me projeter dans un mois et je vais avoir besoin de préparer quand même des choses claires pour pouvoir les partager avec vous. » Toi-même Véronique, sur Makarenko ça avait été le cas, tu vois. Voilà un peu l’historique. Désolé j’ai été, comme d’habitude.
Véronique : Non non, c’est super. Non non, je le prends pas comme contré. En fait, si tu veux, je sais pas… Pour moi coopérative c’est habituel, enfin je veux dire voilà. Donc quand j’arrive dans l’espace j’ai pas besoin d’explication. Enfin, je sais pas comment dire ça. La difficulté que j’ai eu cette année, c’est à me dire comment… qu’est-ce qu’on dit quand on invite, qu’est-ce qu’on dit quand on parle ? Parce qu’en fait dans les discussions avec les autres, on dit « ah oui, ben on a fait ça à la coopérative ». On nous dit « mais c’est quoi la coopérative ? » Voilà. Et c’était aussi dire ça, c’est comment on peut partager avec les autres, c’est quoi l’arrêt d’autobus, c’est quoi les séminaires. Donc c’était intéressant que tu reprécises par rapport à ça quoi. En fait, c’était pas par rapport à… enfin je m’attache pas forcément aux mots ni quoi que ce soit. C’est juste après comment on communique quoi, comment… enfin c’est lié au fait que on est en train d’essayer de monter une amicale là des étudiants et on voit bien notre difficulté, enfin, je sais pas Annabelle pour en dire quelque chose ou Jessica, je trouve qu’on voit notre difficulté à communiquer sur quelque chose qui nous est naturel. Enfin, on est convaincu et on a du mal à défendre le morceau en fait. Quand on a en face de nous des gens qui sont plus dans l’individuel, je trouve qu’on est… En fait c’est devenu tellement, on va dire notre éthos ou… que du coup quelque part, je sais pas comment dire, moi je me suis trouvé en difficulté pour le partager. Enfin voilà, du coup, j’avais besoin aussi qu’on reprécise c’est quoi l’arrêt d’autobus etc quoi. Voilà.
Pierre : Alors, justement, qu’est-ce que… les autres personnes allez-y, parlez-en. Je rappelle qu’en fait, on essaie de mettre des mots dessus. Alors, moi, j’avais fait ce texte, mais je rappelle aussi deux antécédents importants. D’abord, Barbara et Del Aram ont fait un gros travail d’entretien. Voilà. Donc ça va être aussi, c’est un c’est un effort de travail là-dessus, sur lequel Jessica s’est branchée. Et justement Del Aram et Jessica vont participer de cet effort de mettre des mots dessus, les leurs et les nôtres en même temps, c’est le fameux « nous » dont parle Arnaud dans son mémoire. Quel est ce « nous » ? C’est un « nous » qui est pas du tout homogène, un seul bloc, mais Del Aram et Jessica vont parler, vont prendre la responsabilité de parler en leur nom propre, mais en disant « ben on appartient à un nous et on va essayer de mettre des mots sur ce nous, voir de faire dire à ce nous des mots ; peut-être que d’autres je parmi le nous ne mettront pas les mêmes mots, ne seront pas d’accord, mais c’est pas grave ; il n’empêche que nos mots à nous, sans ce nous là, on aurait pas pu les sortir. » Voilà. Alors moi, il me tarde d’avoir écho à ce qu’elles vont dire, à ce que nous allons pouvoir dire etc. Mais bon voilà, donc je précise bien, voilà, moi les mots, j’ai remis le texte à Roskilde, c’était mes mots à moi. Voilà. Et après quand c’était pas les miens, j’ai noté les personnes qui le disaient, en insistant bien d’ailleurs, parenthèse à mettre le prénom et le nom de famille. Pour moi, c’est très important. Il y a pas que les auteurs, les autorités, les autorités autorisées qui ont droit à une famille. Voilà, je ferme la parenthèse. Donc voilà, les autres, qu’est-ce que vous en pensez ?
Del Aram : Est-ce que je peux prendre la parole ?
Pierre : Vas-y, vas-y.
Del Aram : Alors moi je vais vous dire ce que la coopé a eu a fait sens pour moi et comment elle m’a aidé à avancer, parce que pour moi c’est très important cet espace là où on peut oser, on peut être celui qu’on est vraiment, sans avoir peur de faire des fautes, sans avoir peur de mal s’exprimer en français, sans avoir peur de faire un peu n’importe quoi. Parce que la coopé était toujours là pour dire que ça va aller, si tu veux te lancer dans un truc, vas-y, fais-le et on est là. Et pour moi, le sens de la coopé était vraiment là où on se sentait pas seul. Parce que dans l’écriture, vous connaissez tous, parfois c’est dur. On a besoin des idées des autres, du soutien des autres. Et pourquoi j’avais insisté à ce que on intervient et on montre comment nous on fonctionne dans la coopé, c’est parce que je trouvais cet espace-là rare au niveau où cette coopérative existait vraiment. Cette confiance, ça a été créé vraiment et pour moi, c’était important de le partager. Donc surtout quand j’ai vu que à Roskilde, quand Pierre a présenté ce travail là, les gens étaient très très surprises, comment on fait et tout ça, je me suis dit ça vaut le coup aussi de le partager avec d’autres. Et pour moi le travail que nous on fait c’est très précieux. Je sais pas comment le dire autrement, mais voilà, c’était une des raisons pour laquelle j’avais insisté de faire un article. J’avais insis… [silence]
Servane : Du coup c’est une expérience et c’est difficile à transmettre. Parce que c’est singulier. La mienne n’est pas la votre.
Pierre : Del Aram, on ne t’entend plus là. Del Aram ? Ouais, il doit y avoir peut-être un problème. Servane. Quand tu retrouves Del Aram, tu nous appelles.
Servane : Dans cette discussion, moi ça m’évoque des choses que j’ai déjà traversées dans l’écriture de ma thèse et dans l’analyse de ce que j’essayais de faire de l’école, et ça tient dans le… et d’ailleurs, je pense que c’est aussi pour ça que je me sens bien ici comme je me suis bien sentie à l’école, c’est parce qu’il y a une ressemblance quelque part. Et moi je trouve, enfin en tout cas moi ce que j’apprécie personnellement dans cet espace, c’est son côté flou et indéfinissable. C’est à dire que je comprends que ça soit difficile à définir, et je pense que c’est sa principale qualité, parce que c’est parce que, justement, elle s’enferme pas dans une définition, la coopé c’est ça, que elle peut potentiellement être exactement ce dont on a besoin à chaque moment. Vous voyez aujourd’hui, on improvise quelque chose, mais peut-être que la fois prochaine, il y aura quelqu’un qui a absolument besoin de s’entraîner pour sa soutenance et qui voudra faire une présentation très complète, très concrète, pendant une heure et demi, prendre la parole etc., et puis peut-être qu’à un autre moment, je sais pas, il y aura un problème sociétal ou j’en sais rien, et ça sera des choses beaucoup plus intimes, personnelles qui se partageront, parce que ça sera le besoin du moment. Et en fait, moi je pense que la coopé c’est ça, et c’est tout ça, et ça peut être aussi plein d’autres choses si c’est le besoin, et c’est ça que j’apprécie. C’est le côté c’est imprécis et c’est parce que c’est imprécis que… enfin c’est indéfinissable et c’est parce que c’est indéfinissable que c’est potentiellement adaptable à chaque moment, chaque situation, chaque personne qui sera là quoi. Voilà.
Pierre : Merci Servane. Del Aram, tu peux reprendre ?
Del Aram : Euh jusqu’à où est-ce que vous m’avez entendue ?
Pierre : Tu avais insisté sur le fait de faire un article.
Del Aram : Oui. Du coup voilà, pour moi c’était important parce que l’éthique dont nous travaillons là-dessus, c’est très rare et c’est très complexe. Et je trouve que ce qu’elle a dit Servane c’était vraiment très important, que on est là pour l’autre, on peut dire. Et je pense que c’est une espace où on peut prendre la main. Par exemple, il y a eu Jessica qu’elle a utilisé cette cet espace pour créer son séminaire satellite. Il y a eu moi que j’ai pu vraiment faire les séminaires satellites sur les techniques Freinet et pédagogie institutionnelles. Donc chacun a pris là où ça lui semblait le plus profitable. Et pour moi, je pense que il faut surtout que la coopé reste dans ce sens où chacun puisse trouver son… je sais pas comment dire, mais on peut dire son intérêt mais aussi l’intérêt des autres. Donc voilà, c’est tout.
Servane : C’est de la non-éducation en fait ^^ (comment ça je fais mon autopromo ? :D)
Véronique : en fin d’année j’ai eu le sentiment que ça se solidifiait. c’est chouette qu’on puisse aujourd’hui redire l’esprit de la coopé.
Pierre : La notion d’intérêt, elle est importante. On pourrait dire que c’est une dimension de pragmatisme mais sans le côté utilitariste au mauvais sens du terme. Voilà. C’est à dire que à partir d’un moment ça embraye sur une production. C’est aussi ça une coopérative. Une coopérative, c’est pas une coopérative où on fait rien. Voilà. Par contre, nous ce qu’il y a, c’est qu’on prend en compte le fait que on accueille le rien, le rien de prédéterminé, justement parce que, souvent, c’est là-dedans que va se travailler, dans la négativité. Voilà pourquoi, pour moi, c’est un terme si important pour définir ce que c’est qu’une praxis. Dans la négativité, dans le « on travaille avec des petits rien », fondamental pour pour Liakoute, mais pour nous tous, dans les petits riens, on travaille justement ce qui doit être travaillé presque « en douce », presque comme ça, voilà, le fait de s’écouter comme ça, ça bouge. Et ça a des effets. Ça a des effets qui vont peut-être débloquer ce qu’il en est après nous de la façon dont on va s’engager dans notre propre cheminement d’existence, de travail etc. Voilà. Et le fait d’entendre les autres, le fait que les autres peuvent nous entendre, le fait que on se parle autour de quelque chose mais qui va faire écho chez chacune d’entre nous de façon différente. Voilà. Et Servane dit « parce que c’est singulier, la mienne n’est pas la vôtre. » Exactement, tout à fait. « C’est de la non-éducation en fait. Comme ça, je fais mon autopromo. » Exactement, Servane. Et moi, je dirais précisément que cette part de flou, dont tu parles, elle me semble très importante. Précisément parce que, alors Véronique… alors je dis ce que dit Véronique : « en fin d’année, j’ai eu le sentiment que ça se solidifiait. C’est chouette qu’on puisse dire qu’on puisse aujourd’hui redire l’esprit de la coopé. » Ben, faudrait que tu nous dises en quoi ça te semblait se solidifier, Véronique. Est-ce que tu penses que tu peux mettre des mots dessus ?
Véronique : Justement, j’avais l’impression qu’on perdait cette question de la surprise etc, que d’un seul coup, on disait « On va faire telle chose, on va faire telle chose ». Voilà, c’est ça. J’avais le sentiment qu’on… je sais pas te le dire autrement, qu’on perdait cet aspect-là.
Pierre : Ben je pense qu’on est toujours… une institution, elle est toujours… une institution toute seule, ça tient pas, et une institution ça n’existe pas si on n’est pas là en permanence, en vigilance. Voilà. La fonction de veille, hein. Et une institution, elle court toujours soit le risque de se dissoudre et de se désintégrer, c’est sa désintégration, sa désinstitutionnalisation, soit de se figer en institution bloquée, donc en s’établissant. Voilà. Et la question, c’est en permanence de devoir questionner tout ça. Voilà. Donc là oui, effectivement, c’est un vécu. Alors c’est un vécu qui peut avoir comme lieu de ressenti et de partage d’expression, et bien, une subjectivité, en l’occurrence ben pour le coup là c’est Véronique, mais d’autres aussi avec qui tu as pu parler etc., à d’autres moments toi pas du tout, tu le sentiras pas mais d’autres le sentiront, ou d’autres sentiront un émoussement du sens etc. Alors après, moi je voulais dire aussi que cette notion de flou, elle me sentait importante parce que, en fait, alors là je parle en tant que Pierre et, quand même le type qui a proposé ça en premier, et qui en plus est PU, voilà professeur tout ça, qu’on le veille ou non, le statut il a un effet imaginaire, et tout notre travail a été précisément de dire bien sûr que le statut on va pas le nier, on n’est pas con, mais par contre l’imaginaire il faut le travailler en permanence. Je pense qu’on y arrive quand même assez bien, même si après ça peut coincer les liens entre justement ce qui est de l’ordre de la coopérative et ce qui est de l’ordre après de l’établissement universitaire. Bon, le moment des soutenances est un moment important où justement on passe d’un registre à l’autre, les deux ne s’annulent pas, les deux ne se confondent pas, mais quand même il faut en tenir compte. Bon, c’est la notion je pense très profonde de l’ambivalence. D’où le fait que je vouvoie jusqu’au moment de la soutenance, par exemple. Mais pour moi, le but c’était de faire en sorte d’éviter le danger, alors le plus facile et le plus visible, c’était que ça devienne le séminaire de Laffitte. Je pense que là, bon clairement, je crois que il y a que ceux qui n’y viennent pas qui peuvent se gourer. Mais quand même, c’était important et c’est entre nous surtout que c’était important. C’est-à-dire que si ce lieu il est pas flou, ça va devenir le lieu où il faut penser tous pareil, il faut parler tous pareil. Et en fait moi, le moment où les séminaires satellites sont devenus importants dans mon expérience, c’est quand je me rendais compte que on était la troupe des freudiennes voire des lacaniennes qui prenions la plupart du temps la parole. Et là, je me suis dit non, là c’est dangereux. C’est dangereux parce que bien sûr que moi je suis pour la pédagogie institutionnelle, pour la psychanalyse et voilà. Mais bon, justement, je me disais c’est dangereux parce que ça veut dire que les autres vont se barrer. Les personnes qui s’en foutent un peu ou qui, au contraire, se sentent pas là-dedans, elles vont se barrer. Bon et là, c’est là que je me suis dit, j’ai le droit, moi, comme n’importe qui d’avoir ce sentiment, mais il faut que ce soit dans un endroit où on va pas gonfler les autres. C’est-à-dire qu’en gros si les lacaniennes veulent parler entre elles, elles font un séminaire satellite, voilà. C’était ça l’idée, aussi, de dire dans l’arrêt d’autobus, on s’accueille comme on est, alors des fois bon en se filant des boutons, mais c’est pas grave. Je crois qu’on est arrivé dans notre éthos justement à pouvoir accueillir la singularité parce que il y a du sérieux dans la prise de parole de chacune et il y a du sérieux, c’est-à-dire du respect, dans l’écoute de chacun et de chacune. Comment est-ce qu’on peut se filer justement nos boîtes à outils respectives pour aller dans la voie où l’autre est en train de dire « moi j’essaie d’aller vers là ». Je dirais que l’arrêt d’autobus, il faut qu’il garde cette malléabilité, cet objet malléable comme comme on dit en psy, pour que, justement, chacune puisse trouver chaussure à son pied. Voilà. Ensuite, les séminaires satellites, y vont qui désire y être, qui y trouve du sens à y participer. Ça veut pas dire qu’on est contre, ça veut pas dire qu’on s’en fout, mais ça veut dire que on peut être plus ou moins loin. Moi, j’ai juste besoin d’avoir quelques échos. Moi ça m’intéresse de savoir ce que vous avez dit. Bon par contre moi ça m’intéresse d’aller mouiller et d’y parler ou d’écouter. Donc, je pense que c’est… il y a quand même ce côté-là, c’est pour éviter justement de devenir, bon, on n’est pas on n’est pas des francs-mac quoi, vous voyez, et j’ai rien contre les francs-maçons. Mais bon, justement la coopérative c’est pas ça. En même temps, c’est un lieu où il faut qu’on ait toujours cette même exigence de pas s’en laisser passer une. C’est un exercice assez périlleux. Et c’est en ça que d’ailleurs la coopérative peut se distinguer dans cette hétérogénéité voir cet hétéroclite. Voilà, c’est le danger de la coopé, c’est d’être hétéroclite. C’est là que ça se distingue, par exemple, tu vois Del Aram, de ce qui pour nous est le modèle qui nous a fait penser à la coopérative de suite, c’est-à-dire les champignons de pédagogie institutionnelle. Parce que dans les champignons, on parle de pédagogie institutionnelle et on parle pédagogie institutionnelle. Nous ici, on se sert des outils de la pédagogie institutionnelle, mais on demande pas à tout le monde de faire de la pédagogie institutionnelle. C’est ça la différence. Et c’est ce qui fait que tu as pu faire ton satellite à toi sans emmerder les autres, et au contraire en étant utile. Moi, c’est ça qui semble important. Entre parenthèses, un article de Francine Pujol sur les champignons de pédagogie institutionnelle dans le numéro sur l’éthique et l’épistémologie de l’année de la recherche en sciences de l’éducation qui sera à partir de décembre en ligne sur Cairn. Voilà. Servane.
Servane : Moi je pense qu’il y a une autre dimension qui pourrait être intéressante à creuser, c’est aussi le fait que… alors le mot qui me vient c’est « objectif ». C’est pas forcément le mot que je trouve le plus adéquate, mais on va dire, il y a pas de finalité en fait, a priori. C’est-à-dire que on est là parce qu’on a envie d’être là et le jour où ça n’aura plus de sens, on accepte je pense tous a priori que ce truc-là finira un jour certainement par mourir et c’est ok, en fait, parce que de toute façon on n’a pas un objectif à atteindre. Il y a pas des choses qu’on doit faire. C’est pas quelque chose aussi qui, pour ceux qui sont ici, peuvent donner lieu à une évaluation, des notes, enfin, il y a pas de tension de cet ordre là en fait, qui fait qu’on vient parce qu’on y trouve du sens, par plaisir, parce qu’on a envie de travailler, on a envie d’être là, et puis le jour où on a plus envie, on a plus envie, c’est pas grave, ça ira, ça sera pris par d’autres personnes, ou pas d’ailleurs, et ça vivra sa vie ou ça vivra sa mort, mais ça… voilà, il y a quelque chose de cet ordre là qui a à voir aussi avec le côté flou et indéfini dont je parlais tout à l’heure. Voilà, j’ai fini.
Pierre : Merci Servane. Khadija. Ah, alors il se peut que Khadija la vidéo ralentisse ton débit. Peut-être il faudrait que tu… on te connaît Khadija, coupe la vidéo pour qu’on puisse entendre ta voix.
Khadija : Oui, bonjour Pierre, tu as raison. J’ai pas réussi à vous joindre avec la caméra. Je suis ravie de vous voir et de voir l’équipe et je voudrais juste ajouter dans tout ce que tu as dit la définition de l’institution, que je retrouve beaucoup dans ce qu’on fait, qui est en mouvement, qui n’est pas figé, que ce soit la psychothérapie institutionnelle ou la pédagogie institutionnelle, on le fait et il y a le côté collectif que je voulais ajouter. Et ce côté collectif justement permet à chacun de trouver sa place, de donner sens à ce qu’il fait parce que ça permet des possibilités, des ouvertures et l’émergence d’une subjectivité. Si c’est pas dans une activité, c’est dans une autre. Si c’est pas dans un article, c’est dans un autre. Si c’est pas avec une personne, c’est avec un autre. C’est comme les transferts en fait qui nous arrivent dans un groupe. Et ça c’est très important. Depuis que j’ai commencé mes études à Paris 8, j’étais déjà très intéressée par ça et j’ai commencé à le pratiquer dans ma classe avec mes élèves en observant toutes les transformations possibles. Mais j’ai eu la chance cet été de vraiment vivre cette expérience dans un centre hospitalier vraiment exemplaire pour voir ce côté-là de tout ce qui est institution de psychothérapie institutionnelle à Reims, c’est le centre Artaud. Voilà, j’en reviens vraiment remplie de richesse, de savoir, d’humanité surtout. Et ce qui m’a frappée, c’est l’importance du collectif. Tout le monde fait tout. Et quand je peux pas faire quelque chose, il y a l’autre qui vient, il y a des coups de main qui se donnent, il y a… c’est on ne différencie pas le patient du soignant. Il y a des échanges qui permettent beaucoup beaucoup d’émergences de bonnes choses. Et je retrouve ça quand je vous rejoins dans l’équipe, comme vous avez dit, que ce soit j’ai un projet précis, un objectif précis ou ça s’émerge de lui-même. Il y a un article que vous proposez et qui m’ouvre une pensée vers autre chose et qui peut aussi m’ouvrir la porte vers un nouveau projet que je n’avais même pas en tête. Et pour moi c’est formidable et c’est des exemples qu’il faut multiplier dans toutes les institutions, et notamment les institutions scolaires et médicales. Voilà. Merci pour tout ce que…
Pierre : Merci beaucoup Khadija. En même temps tu nous donnes des nouvelles de toi, de ton parcours et je suis très très heureux que tu ais fait le lien avec le centre Artaud. C’est un des plus beaux lieux, je le dis, de psychothérapie institutionnelle. Bah écoute, maintenant tu as plus qu’à venir faire le DU de psychothérapie institutionnelle ou d’art thérapie si tu veux, mais voilà, tout ça c’est relié. Voilà.
Khadija :Ok, avec plaisir, tu me donneras… Oui, j’ai rencontré des collègues qui l’ont fait je pense avec toi, à Paris 7, il me semble, Paris cité en tout cas. Et oui, pourquoi pas ?
Pierre : Bon, qui d’autre veut prendre la parole par rapport à cette histoire de la coopérative ? Il y a aussi un autre pôle là qui, bon pour l’instant on le fait, on sait pas trop où il va etc., mais Nancy, tu pourrais nous dire un mot sur toi, sur le sens que tu mets à la coopérative du sud ? On a même pas trouvé encore exactement comment on l’appelait, ce qui est un indice d’ailleurs, hein. Toi, tu l’appelles la coopé des Suds, toi.
Nancy : Bah oui, c’est la Coopé sur. C’est comme ça qu’on avait dit. Ben, en fait, c’est vrai que, pour l’instant, ça reste assez chaotique, disons, on sait pas trop où ça va aller. Mais de toute façon, on a fait des belles rencontres. Je veux dire, Yuribia, elle a présenté, il y a eu Matoula, on a vraiment eu… l’important c’est… et les échanges avec les amies grecques. Donc ça… l’important c’est qu’il ait ce justement cette parole collective, cette parole par rapport à des sujets qui nous animent. Donc bah voilà, c’est en lien évidemment à tout ce continent, ce continent latino-américain. C’est surtout disons que c’est centré surtout sur ça, sur cette parole qui vient de là-bas. Et donc après de toute façon, on peut voir que il y a aussi des échanges à faire entre les collectifs qu’il y a en Europe dans la militance comme on a pu le voir avec Matoula, justement, et d’autres d’autres collectifs qu’il y a en Amérique latine. Donc c’est… finalement il y a des va et viens entre les deux, entre deux continents. Donc je pense que c’est ça qui est important, c’est de trouver ces liens là à travers toutes les discussions qu’on peut avoir. Donc voilà, c’est comme ça que je le vois. Après, j’aimerais bien que ça soit un endroit où on puisse continuer justement à déposer ce qu’on a envie de déposer et d’obtenir le soutien comme c’est le cas de la coopé en général. Je pense que ça c’est essentiel. Moi, c’est ce que j’ai vécu au sein de la coopé, hein, quand je suis arrivée en 2019. C’était en 2020, je pense. C’était vraiment… ça m’a vraiment aidée quand je faisais mon master. L’espace était là pour ça. L’espace a permis que des choses, des réflexions puissent changer à travers mon analyse du lieu autogéré où j’étais. Et donc en fait je pense que ça c’est vraiment important que ça reste. C’est vrai que ça s’est un peu plus, je trouve que c’est un peu moins justement chaotique qu’avant, que il y a cinq ans. C’est beaucoup moins chaotique que ça l’était. C’est vrai qu’on était un peu plus enflammé à cette époque, je trouve, au sein de la coopé. Là, je trouve que c’est un peu plus… il y a une instauration de l’institution justement qui a pris beaucoup de place.
Pierre : c’est le sens du précaire: dès le premier cours, si ça doit s’arrêter, ça s’arrêtera. y’a eu des moments comme ça: mes « premiers » « cours de français ».
Pierre : pas premier cours, premier coup ! vive les lapsus. c’est fragile, c’est un petit bistrot, je suis même pas sûr que ce soit bien efficace – mais c’est pris dans le registre du sérieux.
Pierre : C’est-à-dire ?
Nancy : Mais bon, il y a moyen de revigorer le truc, hein. Voilà, je pense.
Pierre : D’accord. C’est très important ce que tu dis. Alors, juste une parenthèse par rapport à la coopé du sud, la Coopé sur ou la Coopé des suds. Voilà, moi c’est coopé sur, coopé des suds. Moi, je balance entre les deux. Il y a une séance en plus, qui fait partie de celle que je vais mettre en lien, avec les collègues de Paraty, justement du Brésil, et Giovanni qui était là, qui a eu lieu en juin. Voilà, on a fait un entretien de trois heures et je je la mettrai sur mon site bientôt. Voilà, ça fait partie d’une étape de plus. Et puis bon ton travail. Mais alors, est-ce que tu peux dire en quoi tu trouves que ça s’est assagi ? Qu’est-ce que tu entends par là ?
Nancy : Ben c’est vraiment une opinion personnelle parce que finalement je pense que… j’ai l’impression que il y a eu… comme il y avait tout ce contexte du Covid, j’ai l’impression que il y avait un besoin tellement fort des gens, des étudiants, de pouvoir avoir cet espace vraiment pour s’exprimer, parce que c’était pas possible d’aller à l’université, c’est-à-dire c’était impossible. Donc en fait, je pense que, à cette époque-là, c’était vraiment beaucoup plus fort ce besoin de s’exprimer par rapport à ce que chacun vivait à travers leurs stages, leurs pratiques au sein du master. Et je pense que ça, ça s’est un peu estompé, c’est-à-dire ça s’est… je pense qu’il y a eu beaucoup de choses qui ont changé parce que justement on est sortis de cette période particulière. Donc je pense que ça… je pense que c’est différent. C’est pas le même… Après moi je le dis parce que voilà c’est mon opinion personnelle parce que c’est ce que j’ai vécu à ce moment-là au sein de la coopé, parce que moi-même, j’étais dans une étape très très compliquée, autant au niveau de l’étude que je faisais, l’étude ethnographique au sein d’un squat. Donc c’était très très très précaire parce que justement je vivais au sein du squat, donc c’était très très compliqué. Et donc, en fait, moi ça m’a beaucoup aidée, justement, d’avoir la coopé, d’être là et d’avoir cet espace à distance, cet espace hors de l’espace où je vivais et où je faisais cette étude. Et donc en fait ça a été vraiment une bouée de sauvetage pour moi. Et les gens ont vraiment été là, les collègues, les camarades, ont vraiment été là pour me soutenir, dont toi. Donc, en fait, c’était vraiment bien. Mais après, c’est vrai que… mais j’ai senti aussi que les autres personnes qui présentaient, qui étaient là, elles avaient aussi des choses à dire et à… justement, elles avaient des choses à exprimer par rapport à leurs propres expériences personnelles. Donc en fait je pense que c’était pas que moi. Mais maintenant je vois que c’est différent. Je sais pas, c’est plus autant fort le besoin. Après, il y a des besoins, bien sûr, mais peut-être qu’ils se sont… ils sont devenus un peu plus variés. C’est-à-dire que il y a des besoins peut-être qui sont différents et ça c’est bien. C’est bien qu’il y ait plein d’autres choses qui soient proposées et donc ça voilà. Et puis après c’est peut-être des personnalités aussi, il y avait des personnalités qui étaient là, à ce moment-là, et qui ne le sont plus. Et donc, en fait, c’est normal aussi, on est tous différents et ça c’est bien, c’est bien que ça soit présent que ça bouge. Voilà.
Pierre : c’est le côté punk, pour moi, de ce qu’on fait: briser les figements, ça crée partout mais pas n’importe comment; les statuts sont bousculés, les rôles sont questionnés, les fonctions efficaces sont relancées. la fonction, emplie de subjectivité, c’est cela qui crée. et tout cela peut s’éteindre après chaque concert. ça n’en aura pas moins existé (pas seulement être), jusqu’à ce point.
Pierre : Ouais, très bien. Merci beaucoup Nancy. Del Aram. Et puis après c’est 12h11 donc je propose que peut-être on aille vers le savati pour pouvoir prendre ensuite, je rappelle que il y a toujours le moment d’écriture, pour les personnes qui le désirent jusqu’à 12h30, ou symboliquement. Voilà. Et donc ensuite on peut les envoyer à Del Aram ou le mettre sur le Google Drive. Donc euh vas-y Del Aram on t’écoute.
Del Aram : Par rapport à tout ce que j’ai entendu et aux expériences que j’avais fait avec le champignon Pajol, je voulais proposer une chose pour la coopé. Moi je trouve que, en fait, dans le champignon Pajol quand on a… bon on a eu trois ans de champignon ensemble et, en fait, à un moment ça a décalé et ça a engendré des conflits, des malentendus et tout ça, mais moi quand j’ai reréfléchi et là comme je suis sur la partie d’analyse de ces trois années, j’ai compris que, en fait, on a on a raté plusieurs choses. Une c’était le conseil et deux c’était le quoi de neuf. En fait, on était… moi, je trouve que peut-être pour la coopé aussi, si on se focalise plus sur les quoi de neuf que chacun partage et qu’on laisse cet espace plus ouvert et aussi le conseil, peut-être que ça pourra faire un peu de différence et peut-être même pas avoir un ordre du jour. Par exemple, si moi j’ai envie de présenter un travail, ne pas mettre la pression, tu vois, à tout le monde que voilà Del Aram a envie de présenter son travail dans tel ordre, en tel jour. Ou même, tu vois, le proposer le même jour. Peut-être cette institutionnalisation que j’ai entendu parler, peut-être que c’est un peu par rapport à ça ? D’avoir une ordre du jour, de dire que on va parler de ceci cela. Du coup, ça bloque les autres paroles et les autres besoins qui peut être engendré des autres personnes. Voilà.
Pierre : Servane.
Servane : Il y a peut-être aussi quelque chose par rapport à ce que disait Nancy que je trouve très juste qui pourrait nous aider à peut-être comprendre un peu les évolutions, c’est que nous, nos parcours personnels et étudiants ou professionnel, avancent tranquillement. Et tu vois le fait que on arrive de plus en plus nombreux à être proche de soutenance pour certains etc, ça induit aussi des besoins différents, des aspirations différentes, notamment des besoins de socialiser nos recherches, des besoins d’avoir des temps pour le faire, des temps où on a une écoute, ce qui est forcément un peu différent de quand on est en tout tout début de recherche, qu’on est en terrain ou qu’on est en pleine galère parce que c’est le Covid ou que… Enfin les besoins dans cette autre situation sont plus psychoaffectifs, plus existentiel, plus… Alors que là on arrive peut-être à être nombreux à arriver à un stade où on est peut-être un peu plus pragmatiques dans ce qu’on veut faire de ce temps qu’on a en commun. C’est ça que je voulais dire. Mais ça, c’est aussi intéressant parce que ça fait partie de la vie de la coopé. C’est-à-dire que là, on est plusieurs à arriver en même temps. Donc effectivement ça donne cet effet là. Mais on va continuer à avancer et il y aura des nouvelles personnes qui vont arriver avec des besoins différents et donc tout ça va créer une dynamique. Ça va être peut-être, à un moment donné, au bout d’un certain temps, on verra peut-être que c’est cyclique tout ça et que il y a des moments où on a besoin de requestionner, comme ce qu’on fait aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait là pour pouvoir se dire « ok, c’est clair, ce qu’on veut faire là ensemble en ce moment, c’est ça, et peut-être dans six mois, il faudra qu’on en reparle parce que le besoin sera différent et la situation sera différente. » Donc moi je trouve que c’est pas du tout problématique qu’il y ait des périodes où c’est très flou, des périodes où c’est beaucoup plus rigide, des périodes où on prévoit des ordres du jour un peu stricts et puis des périodes où on s’en fout, on verra bien. Pour moi ça ça fait partie de la vie de la coopé et ça fait partie de justement ce flou que je pense être ce qui scelle ce qu’on essaie de faire ici quoi. Et je pense que ça c’est à respecter absolument avec le côté mouvant et dynamique des besoins quoi. Voilà.
Pierre : Tout à fait. Merci. Je vous prie d’excuser si ça fait un peu de bruit là, je devais répondre à un mail urgent. Mais très bien, merci beaucoup Servane. Oui oui oui, je trouve que c’est important là, vous voyez, de dire « ça va pas de soi ». Voilà. Alors, j’ai mis moi quelques commentaires en parallèle. Est-ce que quelqu’un d’autre veut intervenir ? Non ? Oui, Lorena.
Lorena : Pour moi la coopé était… Je pensais que si aujourd’hui quand tu parlais, c’était une chose qui me permet… C’est une chose que je ne peux pas définir c’est quoi la coopé. Je sais pas. Mais permet, pour moi, a été de quelque chose qui m’a permis de, justement, relancer mon désir parce que je me sentais un peu isolée, un peu fixé et ici avec tous les rencontres, pour moi, ont été à l’origine de quelque chose, de la production de quelque chose, des idées, du désir, de aussi des envies de faire quelque chose que je ne sais pas, de faire quelque chose sans un objectif. Et pour moi c’est très précieux, pour moi c’est vraiment précieux.
Pierre : Merci Lorena. C’est vrai que, juste pour commenter, Lorena, toi tu fais partie des gens effectivement qui est toujours restée avec nous après le master etc, même si par ailleurs ta vie professionnelle, ta vie aussi universitaire, tu cherches à l’implanter en Italie. Voilà. Et je crois que c’est ça qui est intéressant aussi, c’est-à-dire que la coopérative, c’est un lieu où on peut être sans pour autant se sentir appartenir à un seul lieu, en plus de la question du désir, hein, bon, chez toi, tu la travailles en même temps de façon théorique, évidemment. Mais je pense que c’est aussi à ça que sert ce lieu, hein. Donc voilà, pouvoir se sentir qu’on peut y venir, ou se sentir toutes plus ou moins le droit d’être étrangère, soit ne pas se sentir « je fais partie ou je fais pas partie ». Voilà, ça on en revient à la question du flou aussi. Voilà. Bon ben écoutez, je vous propose qu’on passe au savati, si vous êtes d’accord et puis après on on se met, pour les personnes qui le désirent, on se met à l’écriture et puis on l’envoie à Del Aram ? Alors on va au Savati ? Alors je fais dans l’ordre de mon écran. Nancy, ça va-t’y ?
Nancy : Ça va super.
Pierre : Très bien merci. Ah, Del Aram a mis le Google Drive en lien. Merci. Lorena, ça va-t’y ?
Lorena : Ça va très bien et je suis contente de vous revoir.
Pierre : Nous aussi. Merci Lorena. Véronique, ça va-t’y ?
Véronique : Ça va très bien. Merci beaucoup pour cette discussion.
Pierre : Merci Evi. Ça va-t’y ?
Evi : Ça va-t’y complètement. J’ai bien aimé, en fait, ce qu’elle vient de dire sur le désir, en fait, ça me permet de relier, de retrouver le désir aussi.
Pierre : Ah, ben tant mieux. Très bien. Khadija, ça va-t’y ?
Khadija : Ça va très bien pour le moment. Je suis ravie de vous revoir et je vous souhaite une belle rentrée, toujours riche de plein de bonnes choses. Merci pour cet échange.
Pierre : Merci Khadija. Servane ça va-t’y ?
Servane : Ouais, ça va impec.
Pierre : D’accord. Del Aram, ça va-t’y ?
Del Aram : Ça va-t’y très bien. Merci à tout le monde et merci pour les échanges.
Pierre : Merci. Antoinette, Ça va-t’y ?
Antoinette : Ah oui, merci. Je peux dire que ça va, pour l’instant, malgré quelques difficultés, on en parlera. Ça va. Je suis dans ma petite école ce matin au village, parce que on a réouvert les portes le lundi huit septembre. Donc je suis là, c’est à partir de là que je me suis connectée et ça va, ça va un tout petit peu. Les enfants ne sont pas vraiment là. Il y a quelques-uns qui sont arrivés. On les attend la semaine prochaine, tous les parents, c’est la deuxième semaine qu’ils viennent avec leurs enfants. J’ai été intéressée par tout ce qui a été dit sur la coopérative. Je suis désolée de prendre un peu de temps parce que j’arrive en 2000 effectivement pendant la pandémie et je suis rentrée dans cette famille où il y avait des échanges, où je me suis sentie vraiment dans la classe coopérative. Chacun apporte ce qu’il a en lui et le partage aux autres. Ce qui fait que cela m’a grandi dans ma vision de ce que du petit travail que je fais avec les enfants ici au village, c’est-à-dire considérer… j’ai été accueilli, bien accueilli, bien considérée et cela a permis que je cherche à me retrouver jusqu’à ce jour. Donc merci beaucoup pour ce qui est de la coopérative, des cultures et des avancées, des échanges et des appuis. Merci, merci pour tout. Voilà.
Pierre : Merci beaucoup Antoinette, ça fait très plaisir de t’entendre. Bon et ben écoute, très bonne rentrée dans ton village. On pense très très fort à vous. Et Jessica a dit « Ça va très bien, à bientôt pour de nouvelles aventures. » Ben écoutez, moi je vous remercie, ça va très bien aussi. Je vous remercie beaucoup de ce moment. Voilà. Donc j’arrête l’enregistrement et écoutez donc rendez-vous alors par Framadate et puis après on verra donc si on maintient le second vendredi ou si on prend un autre jour. À bientôt.
